Concert 3
28 août 2026 - 20h30
H2 CENTRE DES CONGRÈS
Durée :
Tarifs :
1h45
Cat.1 40€/30€/15€
Cat. 2 30€/20€/10€

programme
Luigi Boccherini (1743–1805)
Quintette à cordes en ut majeur, op. 30 n° 6, G. 324 - La musica notturna delle strade di Madrid (1780) 14'
Antonio Vivaldi (1678–1741)
Extraits de concertos et « 4 saisons » 10'
Ottorino Respighi (1879–1936)
Sonate pour violon et piano en si mineur, P. 110 - II. Andante espressivo (1916–1917) 9'
Giovanni Sollima (né en 1962)
Terra Aria / Terra Danza, version pour trois violoncelles (2003) 11'
ENTRACTE
Franz Liszt (1811–1886)
Années de pèlerinage, deuxième année : Italie, S. 161 n° 5 : Sonetto 104 del Petrarca (1846–1849) 7'
Giacomo Puccini (1858–1924)
Crisantemi, élégie pour quatuor à cordes (1890) 6'
Mario Castelnuovo-Tedesco (1895–1968)
Quintette avec piano n° 1 en fa majeur, op. 69 (1931–1932) 27'
distribution
Liya Petrova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Clémence de Forceville, violon
Shuichi Okada, violon
Grégoire Vecchioni, alto
Paul Zientara, alto
Aurélien Pascal, violoncelle
Edgar Moreau, violoncelle
Victor Julien-Laferrière, violoncelle
Théo Fouchenneret, piano
Adam Laloum, piano
note de programmation
L’Italie est moins ici un territoire qu’un imaginaire. Depuis le XVIIIᵉ siècle, voyageurs, peintres et musiciens y projettent leurs rêves, découvrant tour à tour les splendeurs antiques, la Renaissance, les paysages méditerranéens ou les villes bruissantes de vie. Ce programme suit cet itinéraire sensible, où les siècles se répondent sans jamais s'effacer : de la Madrid italienne de Boccherini aux visions romantiques de Liszt, du baroque flamboyant de Vivaldi aux couleurs chaudes du XXᵉ siècle, c'est une même culture qui se transforme sans perdre le souvenir de ses origines.
La musica notturna delle strade di Madrid de Luigi Boccherini appartient pleinement à cette Italie musicale que le compositeur emporta avec lui en Espagne. Ce quintette singulier ne cherche pas à développer un discours abstrait, mais à peindre une succession de scènes nocturnes : les cloches des églises, les appels des soldats, les chants populaires, les processions qui animent les rues jusqu'à la nuit profonde. Boccherini lui-même avertissait que cette musique ne pouvait être pleinement comprise qu'en ayant vécu cette ville. Pourtant, derrière cette évocation pittoresque se révèle déjà un extraordinaire sens de la couleur instrumentale, où le quintette devient un véritable théâtre sonore.
Quelques décennies plus tôt, Antonio Vivaldi avait fait de la nature un autre théâtre. Les concertos retenus pour ce programme, parmi lesquels des pages des Quatre Saisons, témoignent de cet art incomparable de la narration instrumentale. Le chant des oiseaux, l'orage, le vent ou la danse paysanne y prennent corps dans une écriture d'une vitalité inépuisable, où la virtuosité ne se sépare jamais de l'expressivité. Deux siècles plus tard, Ottorino Respighi puis Giovanni Sollima prolongent cet héritage italien chacun à leur manière : le premier dans l'Andante espressivo de sa Sonate pour violon et piano, vaste respiration lyrique où affleurent autant la tradition germanique que le chant italien, le second dans Terra Aria / Terra Danza, où trois violoncelles semblent faire résonner une mémoire méditerranéenne nourrie de rythmes populaires, d'improvisation et d'une énergie presque primitive.
L’Italie comme concept – à la fois antique, médiévale, Renaissance, celle tout à la fois de Michel-Ange, de Pétrarque et de Virgile comme s’ils avaient vécu en même temps – inspire Liszt pendant ses voyages. Le regard romantique découvre, fasciné, cette Italie millénaire et intemporelle. Le sonnet 104 de Pétrarque, animé par la contradiction intime et la vaine recherche de paix intérieure, traduit encore un combat que le compositeur se livre à lui-même :
Je ne trouve point de paix et je n’ai pas à faire de guerre
et je tremble et j’espère, et je brûle, et je suis comme une glace ;
je vole au-dessus des cieux et je rampe sur terre ;
je n’étreins rien et j’embrasse le monde entier. (…)
Cette Italie intérieure trouve un contrepoint bouleversant dans Crisantemi de Giacomo Puccini. Composée en une seule nuit à la mémoire d'un ami disparu, cette élégie pour quatuor à cordes concentre toute la force mélodique du futur compositeur d'opéra. Les longues phrases chantantes, empreintes d'une infinie tendresse, trouveront d'ailleurs une nouvelle vie quelques années plus tard dans Manon Lescaut, comme si le deuil ne cessait de nourrir le théâtre.
Le Quintette avec piano n° 1 de Mario Castelnuovo-Tedesco referme ce voyage en regardant vers un autre horizon. Écrite au début des années 1930, avant l'exil américain du compositeur, cette vaste partition rassemble plusieurs visages de l'Italie musicale : le goût du chant, la transparence des textures, le raffinement harmonique hérité de la tradition française et une liberté formelle résolument moderne. Sans jamais renier son héritage, Castelnuovo-Tedesco l'inscrit dans une écriture cosmopolite qui annonce déjà le destin d'une génération de musiciens appelés à faire rayonner bien au-delà de la péninsule une culture façonnée par plus de deux millénaires d'histoire.
Constance Clara Guibert
